Dans un contexte où les organisations évoluent au rythme des transformations économiques, technologiques et sociétales, la qualité de la gouvernance d'entreprise est plus que jamais un facteur clé de réussite. L'affaire Sam Altman chez OpenAI, marquée par l'éviction puis la réintégration de son dirigeant en l'espace de quelques jours, a mis en lumière les tensions qui peuvent émerger entre un conseil d'administration et une direction exécutive. Comment trouver le juste équilibre entre supervision stratégique et autonomie opérationnelle ? Et quelles pratiques permettent aux administrateurs et aux dirigeants de collaborer efficacement dans un environnement en constante évolution ? Cet article revient sur les enseignements de ce cas emblématique et explore les principes d'une gouvernance performante et durable.
Les conseils naviguent sur un spectre allant d’une autonomie quasi totale laissée à la direction à un contrôle absolu des décisions. On distingue généralement quatre modes :
Adopter un mode unique, et plus particulièrement un mode passif, fragilise la gouvernance d’entreprise. Un conseil qui se contente d’avaliser les choix de la direction perd sa capacité d’anticipation, de contrôle et de soutien stratégique.
En période de crise, ce manque de vigilance peut provoquer un passage brutal à un mode de contrôle excessif, souvent trop tardif et mal calibré. Un exemple frappant : un conseil d’administration d’une entreprise de santé, insuffisamment informé et sous pression, a décidé de remplacer son PDG dans l’urgence… aggravant encore la situation financière au lieu de la stabiliser.
En d’autres termes, une gouvernance passive revient à naviguer en haute mer sans radar : tout va bien… jusqu’à ce qu’un iceberg apparaisse.
À l’inverse, un conseil d'administration agile adapte son mode d’engagement à la nature et à l’importance des décisions.
Prenons l’exemple d’une entreprise technologique complexe supervisée par un conseil européen : en combinant les rôles de mentor, partenaire et contrôle selon les enjeux, elle a maintenu une performance élevée, tout en clarifiant ses attentes vis-à-vis de la direction. Comme l’exprime son président : « Mon conseil fournit une clarté totale sur ce qu’il attend de moi ».
Cette souplesse permet non seulement de réagir rapidement aux opportunités ou aux menaces, mais aussi d’installer un climat de confiance et de co-responsabilité entre le conseil et la direction.
Étape 1 : Établir un inventaire des décisions :
Dans cette étape, vous dressez la liste des grandes catégories de décisions qui concernent votre entreprise, et vous définissez pour chacune d’entre elles un mode d’interaction par défaut. Par exemple :
Étape 2 : Réévaluer régulièrement les modes d’engagement
Ensuite, le président du conseil et le PDG doivent ajuster les modes choisis en fonction de l’évolution du contexte. Pendant la pandémie, de nombreux conseils sont ainsi passés à des modes mentor et partenaire, permettant des échanges plus profonds et un soutien renforcé aux dirigeants.
L’inventaire type ci-dessous montre les modes d’engagement habituels pour les catégories de décisions couramment traitées par les conseils d’administration ; il peut être utilisé comme base pour l’étape 1.
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Décisions |
Passif |
Mentor |
Partenaire |
Contrôle |
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Mission et objectifs |
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Orientation stratégique |
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Affectation des ressources |
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Fusions et acquisitions |
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Changement de structure organisationnelle |
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Feuille de route R&D et transformation digitale |
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Production et opérations |
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Plans marketing et commerciaux |
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Changements au sein de la direction (hors PDG) et plans d’incitation |
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Revue des talents et rémunérations |
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Gestion financière (capital, liquidités, dividendes) |
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Audit |
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Cybersécurité |
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Relations avec les actionnaires |
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Engagement des parties prenantes, RSE, ESG |
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Réglementations et conformité |
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Gestion des risques |
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Rémunération du PDG |
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Succession du PDG |
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Changements parmi les membres du conseil |
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En conclusion, dans un monde instable, la rigidité est l’ennemie de l’efficacité. Un conseil d'administration performant sait adapter son degré d’implication à chaque situation. L’agilité dans la gouvernance n’est pas une tendance passagère : c’est une condition indispensable pour anticiper les crises, saisir les opportunités et maximiser la valeur à long terme. En somme, les meilleurs conseils ne se contentent pas de superviser : ils co-pilotent intelligemment.
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Source : How the Best Boards Engage with Management, Timothy J. Rowley & Laurence Capron, Harvard Business Review, Janvier-Février 2025.